Boulimie

Extrait du rapport « Diagnostic et traitement des troubles de conduites alimentaires des adolescents : anorexie mentale et boulimie nerveuse » adopté par l’Académie de médecine lors de sa séance du 19 mars 2002

Elle est caractérisée par des pulsions irrésistibles et impérieuses à manger avec excès à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, réalisant des accès répétés de fringale. L’adolescent, généralement seul, ingère sans faim et avec gloutonnerie des quantités énormes de nourriture sans qualité gustative particulière. C’est la sensation inconfortable de réplétion gastrique qui met fin à ces accès suivis d’une période de sommeil, plus souvent de vomissements provoqués par une crainte excessive de devenir gros. L’adolescent est conscient du caractère anormal de son comportement. Il a recours également à des laxatifs, des diurétiques ou des médicaments coupe faim. C’est au médecin de dépister un tel trouble du comportement alimentaire, qui n’a rien à voir avec les accès de « frénésie alimentaire » fréquents à l’adolescence (1/4 des adolescents scolarisés à partir de la 4ème).

A côté de la BN, des conduites boulimiques s’observent dans diverses affections neurologiques souvent complexes et en psychiatrie. Ainsi les schizophrènes peuvent présenter des désordres proches et certaines chimiothérapies induisent de véritables accès boulimiques iatrogènes.

Epidémiologie

La prédominance féminine de la BN est un peu moins forte que celle de l’AM. Elle est de 5 à 7 filles pour 1 garçon. L’âge de survenue serait un peu plus tardif, vers la fin de l’adolescence (18-20 ans). La prévalence est de 1,1% chez les filles et de 0,2 % chez les garçons (10, 15, 17, 18, 23). Les apparentés du 1er degré présentent plus souvent des symptômes identiques, de même que les jumeaux. Ces familles sont marquées souvent par d’autres affections : alcoolisme (22), obésité (25). On retrouve la même comorbidité que dans l’AM.

L’évolution au long cours est moins bien connue que celle de l’AM. Avec un recul de 1 à 2 ans, 25 à 30% des patientes présentent une amélioration. Pour des suivis plus longs de 6 ans ou de 7,5 ans, le pronostic est considéré comme bon dans 60 à 74 % des cas, avec 1% de décès (17, 19).

L’objectif du traitement est d’aider ces patients à surmonter leur désir compulsif de manger. Plus que les anorexiques, ils sont conscients de leurs difficultés psychologiques et sont plus désireux de participer avec le médecin, ou le psychothérapeute, au projet thérapeutique. Les antidépresseurs, en association à une thérapie comportementale, donneraient des résultats meilleurs qui méritent d’être confirmés.

Références Bibliographiques

  • (10) ALVIN P. Anorexies et Boulimies à l’Adolescence. Paris : Doin, 2001, p 206.
  • (15) JEAMMET P. Dysrégulations narcissiques et objectables dans la boulimie. In : Brusset B
    Couvreur C. (eds) La boulimie. Paris : PUF (Monographie de la Revue Franç Pyschanal), 1991, 81-104.
  • (17) VIDAILHET M., KABUTH B., CONIGLIO N. Les risques mortels de l’anorexie mentale chez l’adolescent. Journées Parisiennes de Pédiatrie. Paris : Flammarion, 1997, 147-156.
  • (18) BRUSSET B., COUVREUR C. La boulimie. Paris : PUF (Monographie de la Rev Franç Psychanal), 1991.
  • (19) FITCHER M.M. QUADFLIEG N. Six-year course of bulimia nervosa. Int J Eat Disord, 1997, 22, 361-384.
  • (22) MITCHELL J.E., HATSUKAMI D., PYLE R., ECKERT E. Bulimia with and without a family history of drugs use. Addic Behav, 1988, 13, 245-251.
  • (23) DEVAUD C., MICHAUD P.A., NARRING F. Perceptions corporelles, comportements et dysfonctions alimentaires parmi les adolescents suisses : une enquête nationale. Rev Méd Suisse Rom, 1994, 114, 1009-15.
  • (25) RASTAM M. Anorexia nervosa in 51 Swedish adolescents: premorbid problems and comorbidity. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry, 1992, 31, 819-28.